L’œuvre « Empire Slate, New York » d’Elias Luter propose une relecture visuelle du paysage urbain en jouant sur la fragmentation et la stratification des formes architecturales. L’Empire State Building, figure centrale de la composition, émerge d’un enchevêtrement de plans verticaux où se mêlent transparence et opacité, évoquant les jeux de reflets étudiés dans la peinture hyperréaliste de Richard Estes. Ce morcellement de l’image rappelle également les expérimentations photographiques de Stéphane Couturier, dont les séries sur l’urbanisme mettent en tension la structure et la dissolution des espaces bâtis. Luter s’inscrit ainsi dans une approche où la ville devient un motif mouvant, recomposé par une accumulation de strates temporelles, à la manière des compositions d’Andreas Gursky qui densifient l’espace par la superposition d’éléments architecturaux. La construction rigoureuse de l’image, où chaque bande verticale agit comme un fragment d’une vision éclatée, s’apparente aux principes du précisionnisme incarné par Charles Sheeler, qui traduisait la modernité urbaine en surfaces géométriques nettes. La gamme chromatique, dominée par des nuances de gris et de bleu, renforce une atmosphère brumeuse et distanciée, qui évoque l’ambiance des vues urbaines du photographe Alfred Stieglitz au début du XXe siècle. La répétition des formes et des motifs accentue une sensation de rythme architectural, proche des compositions sérielles propres au constructivisme. Le dispositif visuel semble déconstruire la perspective classique au profit d’une lecture plus fragmentée de l’espace, où l’Empire State Building devient à la fois un repère et un élément parmi d’autres dans une trame urbaine en perpétuelle recomposition. L’absence de présence humaine renforce une vision presque abstraite de la ville, réduite à ses structures et à son organisation formelle. Cette approche du paysage urbain dialogue avec les recherches menées en photographie sur la densité architecturale et la perception modifiée du réel par l’accumulation d’images. L’effet de superposition, en multipliant les plans visuels, introduit une ambiguïté entre transparence et matérialité, questionnant le rapport entre l’image photographique et l’expérience sensible de la ville.


















