« La course », dessin d’architecture futuriste réalisé par Rosine Chufisant, se déploie dans une verticalité marquée, où les masses bâties s’élèvent comme des cathédrales industrielles. L’artiste compose une cité dense, dominée par des fûts monumentaux, dont les volumes cylindriques évoquent les visions métropolitaines de Hugh Ferriss, théoricien d’une modernité enveloppée de brouillard et de lumière diffuse. Le vocabulaire graphique s’inscrit dans la tradition de la ligne claire, héritée de la bande dessinée franco-belge, avec une précision linéaire qui rappelle les planches de François Schuiten. Le dessin, entièrement réalisé en technique mixte numérique, articule les plans par un jeu de fuyantes rigoureusement orchestré, renforçant l’effet d’accélération induit par le véhicule jaune lancé à pleine vitesse. Le traitement des surfaces, lisses, froides, presque aseptisées, participe d’une esthétique néo-futuriste aux accents dystopiques. La perspective plongeante, typique des projections axonométriques d’architecture, contribue à un sentiment de surplomb, comme si le regard provenait d’un drone captif. L’influence de Katsuhiro Otomo se perçoit dans la tension narrative sous-jacente : chaque vaisseau, chaque tour semble sur le point d’interférer avec l’autre, sans jamais rompre l’équilibre formel. Les couleurs primaires dominantes — jaune, rouge, bleu froid — dessinent une palette volontairement limitée mais expressive, en écho aux canons modernistes du Bauhaus. La monumentalité des édifices est accentuée par l’absence quasi totale d’éléments organiques, conférant à l’ensemble une atmosphère de ville-théâtre, vidée de ses habitants. Le dessin, bien que fictionnel, dialogue avec les utopies graphiques des années 1920, notamment celles des constructivistes russes comme Leonidov, dont les projets de cités idéales conjuguaient technologie et géométrie radicale. Chufisant ne cherche pas à représenter un futur probable, mais plutôt à figurer une tension entre propulsion mécanique et immobilité structurelle. Le bolide au premier plan agit moins comme un véhicule que comme un vecteur graphique, traversant la composition comme un outil de lecture de l’espace. On y décèle une réflexion silencieuse sur la vitesse comme dispositif esthétique, à la manière des futuristes italiens qui, au début du XXe siècle, glorifiaient les machines comme prolongement de l’élan vital.


























