« Les chats sont mystérieux; ils attendent et s’attendent à l’inattendu » – Jean Cocteau
Dans « Le chat attablé » de Peer Nuit, l’artiste crée une scène domestique où un chat noir, aux contours simplifiés et expressifs, observe depuis une table soigneusement dressée. Le choix d’un style graphique sobre et d’un minimalisme chromatique accentue l’intemporalité de cette scène, tout en ancrant le sujet dans un registre intimiste. L’influence de Mary Fedden se retrouve dans la stylisation naïve des objets quotidiens, tandis que la palette limitée de noir et rouge évoque des ambiances intérieures feutrées, contrastant avec les éléments éclatants de la table.
Les formes géométriques de la nappe, composées de losanges multicolores, rappellent l’approche ornementale d’Henri Matisse, qui a souvent utilisé le motif textile pour structurer ses compositions. Cette nappe devient un espace visuel de jeu, où les motifs réguliers et les couleurs répétées stabilisent la composition. Les objets sur la table – le pichet, les fruits, le bol – sont disposés dans une ordonnance rappelant les compositions rigoureuses de Giorgio Morandi, où chaque élément trouve sa place sans encombrer l’ensemble.
Peer Nuit construit ici un dialogue entre le spectateur et le sujet, le chat. L’attitude de l’animal, droit et attentif, confère à la scène une touche méditative. En puisant dans l’iconographie des natures mortes classiques, l’œuvre élargit cette relation en intégrant des symboles de simplicité domestique. Dans ce contexte, le chat, souvent emblème de mystère et de contemplation, devient l’intermédiaire entre l’espace humain et un monde d’une abstraction légère.
Avec une approche quasi-abstraite et des couleurs vives atténuées par des aplats foncés, l’œuvre reprend des codes de la peinture moderne tout en explorant la valeur du quotidien par des moyens visuels restreints. La touche naïve, visible dans le tracé épuré du chat et la simplification des objets, brouille les frontières entre sophistication et simplicité, évoquant ainsi une ambiance de douce introspection.



















