« Est-ce ainsi que les hommes vivent? » de Chang Baoshi est un portrait qui place un chimpanzé au cœur d’une réflexion silencieuse et méditative. Le titre, emprunté à un poème de Louis Aragon issu du recueil *Le Roman inachevé* (1956) et popularisé par la chanson de Léo Ferré, invite à une réflexion sur la condition humaine et les comportements sociaux.
La composition, centrée sur le sujet, adopte une esthétique réaliste, mettant en avant les textures fines et complexes de la peau et des poils. Le geste anthropomorphe de l’animal, une main recouvrant son visage, dialogue avec des codes culturels et artistiques où l’expression corporelle devient le vecteur principal de l’émotion. L’éclairage, maîtrisé dans une gamme de tons sombres et terreux, crée un clair-obscur évocateur, rappelant les pratiques picturales classiques où la lumière est utilisée pour souligner la profondeur psychologique des figures.
L’œuvre s’inscrit dans une tradition humaniste et documentariste, croisant des influences issues de la photographie animalière et du portrait sociologique. Ce réalisme texturé, très proche de la photographie contemporaine, évoque des préoccupations existentielles où la condition animale devient un miroir des complexités humaines. En insistant sur le détail, Chang Baoshi rappelle l’approche des maîtres du portrait naturaliste, qui cherchaient à transcender les apparences pour révéler une intériorité.
L’image peut être perçue à deux niveaux distincts. D’un côté, elle propose une scène presque humoristique : le chimpanzé, dans une posture évoquant une exaspération humaine, suscite un sourire par sa ressemblance avec des attitudes familières. De l’autre, elle invite à une lecture plus grave, voire pessimiste, en évoquant la fragilité de l’existence et les similitudes comportementales entre l’homme et l’animal, comme si l’un reflétait les tourments de l’autre.
La main, à la fois outil de communication et symbole de réflexion, devient ici un motif central. Ce geste universel, souvent associé à la fatigue ou au désarroi, établit un parallèle entre le comportement humain et celui de l’animal. L’ombre projetée sur le visage souligne une intériorité voilée, comme si l’animal portait un fardeau invisible. Ce travail sur la lumière évoque également l’héritage du caravagisme, où la tension dramatique est intensifiée par les contrastes.
Les tons marron et noir, dominants dans l’œuvre, rappellent une palette terreuse qui ancre la scène dans un registre organique et intime, un choix chromatique souvent utilisé pour explorer la fragilité et l’impermanence. Le cadrage resserré isole le chimpanzé dans un espace indéfini, brouillant les frontières entre portrait animalier et réflexion existentielle. En s’appropriant les codes du portrait classique, l’artiste pose des questions sur la place de l’animal dans l’imaginaire humain et sur les projections culturelles qui façonnent notre perception de l’autre.


























