Habiter Giverny, c’est accepter l’idée légèrement vertigineuse que le jardin peut devenir une salle à manger, et qu’un couloir puisse se comporter comme une berge de rivière. La maison de Claude Monet n’est pas seulement un lieu de visite : c’est une leçon de décor, un manuel à ciel ouvert pour qui aime les intérieurs baignés de lumière et de nature.
Quand le jardin devient un intérieur impressionniste
En 1883, Monet s’installe à Giverny, un village normand lové près de Vernon. Il loue d’abord la maison, puis l’achète en 1890. C’est le début d’une entreprise à la fois picturale et décorative : transformer ce coin de campagne en laboratoire vivant. Le peintre façonne les allées, détourne un bras de l’Epte en 1893 pour créer l’étang aux nymphéas, puis compose, plante après plante, un décor en perpétuelle métamorphose.
Ce qui frappe, quand on pénètre dans la maison, c’est à quel point le jardin semble s’être introduit à l’intérieur. La fameuse salle à manger jaune, dont les murs d’un jaune cadmium éclatant répondent aux faïences bleues et blanches, fonctionne comme une transposition de massif fleuri : blocs de couleur, contrastes assumés, aucune timidité chromatique. On y retrouve la même audace que dans les façades colorées que Henri Matisse explore à partir de 1905 à Collioure : la couleur n’est plus décor, elle est architecture.
Une anecdote rapportée par les visiteurs de l’époque est révélatrice : en 1900, alors que sa renommée est déjà installée, Monet reçoit des collectionneurs et critiques venus de Paris. Certains s’attendaient à une demeure bourgeoise classique. Ils découvrent un intérieur saturé de lumière, de papiers peints fleuris, de boiseries colorées. Plusieurs témoignages soulignent leur surprise amusée : loin de la maison sérieuse d’un « grand maître », ils entrent dans un univers presque théâtral, où le motif floral des tissus répond au jardin de l’autre côté des fenêtres.

Monet n’est pas le seul à faire dialoguer architecture et paysage. À la même période, entre 1898 et 1901, la Glasgow School of Art est conçue par Charles Rennie Mackintosh. Là aussi, les fenêtres hautes, les grilles en fer forgé, les vitraux stylisés créent un jeu subtil entre l’intérieur graphique et le paysage écossais. Mais à Giverny, l’échange est moins géométrique, plus tactile : les rideaux semblent absorber la lumière comme un pétale, les tapis se comportent comme des parterres textiles, les murs chatoyants deviennent de véritables toiles de fond.
« Ma seule ambition a été de peindre le jardin de Giverny avec la délicatesse et la lumière qu’il m’inspirait. » – Claude Monet, lettre de 1909 autour de la série des Nymphéas
Cette quête de lumière se prolonge dans la maison. La fameuse cuisine bleue, carrelée de faïence de Rouen, est un manifeste discret : le bleu profond des carreaux répond aux tons froids des ombres du jardin, tandis que le cuivre des casseroles renvoie la lumière comme des petites touches dorées. On pourrait presque y voir une nature morte de Paul Cézanne, dont les Pommes et oranges (vers 1899) mettent déjà en scène le dialogue sensoriel entre matière, couleur et volume.
De la maison d’artiste au salon contemporain
Transposer cet esprit dans un intérieur d’aujourd’hui, ce n’est pas copier Giverny à la lettre, mais en capter les principes : lumière généreuse, couleurs assumées, motifs végétaux travaillés comme un vocabulaire, et surtout ce lien presque organique entre ce qui se passe dehors et ce qui se vit dedans.
On pourrait parler d’une élégante esthétique nature, mais loin des clichés rustiques. Il s’agit plutôt d’une sophistication discrète : une palette de verts patinés, de bleus grisés, de jaunes gourmands, travaillés comme des glacis. Sur un mur, un grand tirage d’inspiration impressionniste trouve sa place, non comme illustration littérale, mais comme écho. C’est tout l’intérêt des œuvres inspirées de ce jardin historique proposées sur Maiiart.com : revisiter ce patrimoine visuel sans en faire un pastiche, mais en en prolongeant la vibration.

Un parallèle intéressant peut être fait avec la villa Ephrussi de Rothschild, construite entre 1905 et 1912 à Saint-Jean-Cap-Ferrat. Là aussi, Béatrice de Rothschild imagine une demeure dont chaque fenêtre cadre un jardin-théâtre, avec jardins à thème soigneusement composés. La différence avec Giverny ? À la villa, le jardin met en scène la maison comme un palais ; chez Monet, le jardin est sujet principal, et la maison se fait coulisse lumineuse, presque modeste, mais intensément scénographiée.
Dans un salon contemporain, cela peut se traduire par quelques choix stratégiques :
1. Travailler les cadres de vue : comme Monet composait chaque fenêtre comme un tableau, un intérieur actuel peut jouer avec des vues cadrées sur un balcon végétalisé, une terrasse plantée, voire une simple accumulation de plantes en pots. L’important n’est pas la superficie, mais la composition.
2. Assumer la couleur : la salle à manger jaune de Giverny nous invite à choisir un ton fort pour une pièce de vie – un jaune beurre frais, un bleu céramique, un vert sauge intense – et à l’accompagner de touches décoratives (céramiques, textiles, œuvres murales) qui prolongent cette note dominante.
3. Faire dialoguer objets et œuvres : les estampes japonaises qui ornent les murs de Giverny, collectionnées par Monet dès les années 1870, offraient au peintre un réservoir infini de compositions. Dans un intérieur contemporain, une sélection d’œuvres murales inspirées de ce répertoire – paysages, jardins, reflets, nymphéas réinventés – permet de faire vibrer le mobilier plutôt que de le surcharger.

Une nature pensée comme une bibliothèque de motifs
Ce que l’on oublie souvent, c’est que Giverny est une construction patiente, presque architecturale. Monet tient un véritable carnet d’adresses végétal : il commande des plantes rares, échange des espèces avec des horticulteurs, teste, déplace, supprime. Cette approche rappelle la façon dont Pierre Bonnard travaille ses intérieurs baignés de lumière, comme dans La Salle à manger à la campagne (1913) : les fleurs sur la nappe, les feuillages au dehors et les couleurs du papier peint créent un continuum, une trame décorative commune.
Pour un intérieur d’aujourd’hui, cela revient à considérer les éléments naturels – plantes, bois, lin, céramique – comme autant de matières à orchestrer plutôt qu’à accumuler. Une table en chêne clair devient le plan d’eau silencieux sur lequel viennent flotter des céramiques émaillées, un vase en verre bullé, une œuvre murale jouant les reflets soyeux. Un tapis aux motifs flous, presque aquarellés, fait écho aux contours fondus des toiles tardives de Monet, peintes entre 1914 et 1926 dans son vaste atelier.
L’apport de Giverny à la décoration intérieure tient aussi à cette notion de temps long. Le jardin évolue, les saisons métamorphosent le décor, les couleurs s’affadissent ou s’enflamment. Dans un salon, cette idée peut se traduire par une rotation douce : changer quelques œuvres murales au fil de l’année, faire évoluer les textiles (coussins, plaids, rideaux), introduire ou retirer certains objets pour laisser plus d’espace à la lumière. On ne « fige » plus un décor, on le cultive.
Les créateurs qui revisitent aujourd’hui cet héritage, comme sur Maiiart.com, captent bien cette dimension mouvante : leurs œuvres inspirées de Giverny ne reproduisent pas le jardin, elles en saisissent des atmosphères – brume du matin, reflets du soir, floraisons éclatantes – que chacun peut ensuite glisser dans son propre intérieur, comme on glisse un marque-page dans un roman favori.
Car finalement, habiter Giverny chez soi, ce n’est pas disposer des nymphéas sur tous les murs, mais accepter que la lumière, la couleur et la nature entrent dans la maison comme des invités réguliers. Une toile qui reprend, avec délicatesse, l’écho d’un bassin ou la vibration d’un massif fleuri suffit parfois à transformer une pièce : le mur devient rivage, le canapé se fait rive douce, la table basse, clairière.
Et si l’on cherche des compagnons de route pour orchestrer cette métamorphose, il suffit de se laisser guider par les collections d’œuvres contemporaines inspirées de ce jardin entré dans l’Histoire. Au fil des séries et des formats proposés sur Maiiart.com, chacun peut composer son propre « chemin des rosiers » mural, inventer une salle à manger baignée de reflets ou un coin lecture aux allures de sous-bois impressionniste. Une façon discrète, mais intensément sensible, de faire entrer un peu de Giverny dans la trame quotidienne de la maison.















