Née à Berlin en 1982, Alestra Perce a grandi dans une atmosphère saturée d’artisanat et de rigueur technique. Fille d’un relieur de livres anciens et d’une photographe de plateau, elle a très tôt développé une fascination pour la matière et la lumière dirigée. Après des études aux Beaux-Arts de Leipzig (HGB), elle s’est d’abord illustrée en tant que scénographe pour des studios de photographie expérimentale, où elle a appris à manipuler le ‘noir total’ non pas comme une absence, mais comme une présence sculpturale.
C’est cette maîtrise des contrastes radicaux qui est devenue la signature de son travail pictural. Alestra ne peint pas des objets dans l’espace ; elle semble faire émerger la lumière du néant pour révéler la forme. Ses ‘natures mortes noires’ (Stilleben Noir) sont des exercices de méditation visuelle où une simple bouteille ou un verre à vin devient une architecture de lignes pures. Son approche, à la croisée du clair-obscur flamand et de l’Op Art contemporain, interroge notre perception de la profondeur et de la permanence dans un monde saturé de stimuli éphémères.
La vie d’Alestra à Berlin est rythmée par une recherche constante de textures oubliées. Elle collectionne les flacons anciens, les objets industriels délaissés et les céramiques aux formes épurées qu’elle chine dans les marchés de Kreuzberg. Dans son atelier de Pankow, un ancien garage transformé en temple de l’ombre, elle prépare ses propres pigments, cherchant le noir ‘le plus profond possible’, capable d’absorber la lumière tout en conservant une texture veloutée proche du charbon de bois.
Au-delà de sa technique, Alestra est une passionnée d’architecture brutaliste et de musique répétitive, des influences qui transparaissent dans les trames géométriques complexes qui habitent ses fonds. Pour elle, le motif n’est pas une décoration mais une vibration qui structure le vide. Elle expose régulièrement à travers l’Europe, de Londres à Zurich, attirant un public fasciné par cette esthétique du silence et de la précision mathématique appliquée au quotidien.
On raconte souvent une anecdote révélatrice à son sujet : lors de sa première exposition majeure, elle avait demandé à ce que les lumières de la galerie soient réglées sur un variateur extrêmement bas. Un visiteur, pensant la salle vide, s’était approché d’un de ses tableaux ‘noirs’ et avait sursauté en découvrant, à quelques centimètres seulement, les détails d’une rose blanche émergeant de l’obscurité. C’est ce moment de surprise et de révélation qu’elle cherche à reproduire dans chaque œuvre.