Donna Glisco livre ici une composition où la ligne claire de Hergé rencontre l’austérité graphique de Bernard Buffet, structurant le littoral de Saint-Tropez par des cernes noirs incisifs. Deux baigneuses, coiffées de bonnets floraux anachroniques, émergent des eaux turquoise d’une crique varoise baignée par la lumière zénithale de 1962. L’espace pictural s’organise selon une perspective atmosphérique simplifiée, où les masses rocheuses escarpées du massif des Maures encadrent le dialogue silencieux des figures. Le traitement des visages rappelle la mélancolie hiératique des portraits de l’expressionnisme tardif, tandis que la palette de couleurs saturées évoque l’insouciance des Trente Glorieuses. L’artiste emploie une économie de moyens propre à l’illustration moderniste pour figer un instantané de sociabilité balnéaire au sein d’une nature minérale imposante. On y décèle l’influence de David Hockney dans la représentation de l’eau et celle de Roy Lichtenstein pour l’aspect sériel et les aplats de couleurs franches. L’intention semble résider dans la mise en abyme d’un âge d’or révolu, questionnant la persistance du souvenir face à l’érosion du temps et des paysages méditerranéens. Cette œuvre s’adresse à un esthète érudit, amateur d’une figuration narrative qui conjugue rigueur académique et résonance pop. Le collectionneur y verra une réflexion sur l’identité française du milieu du siècle dernier, portée par une tension entre la dureté du trait et la douceur du sujet.

























